Les gens de l’arrière-scène

Matej Božičnik, Marko Kozjek and Franci Šmit sont les ingénieurs qui travaillent en coulisses pour mettre au point les formidables skis Elan. Ils font partie d’une équipe de onze personnes œuvrant au sein du service R&D d’Elan, sous la direction de Vinko Avguštin. Ce sont ceux dont les idées et le savoir-faire vont pouvoir changer le cours de l’Histoire du ski. Leurs invisibles signatures sont apposées sur tous les modèles Elan, qu’ils soient contemporains ou qu’ils soient au Musée Elan. Et l’on pourrait aller jusqu’à affirmer que les skieurs de par le monde leur doivent une fière chandelle, en reconnaissance de tout ce qu’ils ont apporté au ski.

Il arrive souvent que des enfants qui ont été initiés au ski à un très jeune âge se mettent, tôt ou tard, à rêver de pouvoir fabriquer leurs propres skis. Pour la plupart d’entre eux, ce rêve ne subsiste justement qu’à l’état… de rêve. Mais les rêveurs les plus passionnés cherchent inlassablement à faire de leur rêve une réalité. Les plus doués développent tellement bien leurs idées que leurs amis ne peuvent s’empêcher de leur demander une paire de ces skis pour eux-mêmes, puis pour un ami, puis pour l’ami d’un ami et ainsi de suite. La rumeur de la disponibilité d’un excellent matériel court invariablement à la vitesse de l’éclair et le rêveur du voisinage finit par devenir du jour au lendemain le fournisseur de centaines de clients enthousiastes. Voilà en gros les origines d’Elan. Rudi Finžgar s’est révélé être l’archétype du rêveur tel que décrit ici, mais il était aussi doté d’une vision très claire. La passion effrénée qui l’animait a tôt fait de se communiquer à l’ensemble de ses collaborateurs et autres successeurs qui, au fil des plus de 70 années de l’histoire de la marque, ont contribué à ce que Elan devienne le plus grand innovateur dans le monde du ski. Les ingénieurs et les développeurs d’Elan ont toujours été parmi les meilleurs à maîtriser leur art. Pour un temps, Elan a même piloté l’Institut Elan, organisme qui a produit nombre d’innovations à succès, à la manière d’une machine bien huilée. Cette vénérable tradition se poursuit toujours, alors qu’Elan se classe encore à ce jour comme un leader dans le domaine de l’innovation et du design, année après année.

Des gens futés

On a beau admirer la beauté, le rendement et les impressionnantes caractéristiques techniques des skis Elan, nous pensons rarement aux gens futés qui développent ces skis et les amènent jusqu’aux pentes pour notre plus grand plaisir. Les ingénieurs, de fait, constituent le cerveau d’Elan. Ils passent tout leur temps à réfléchir à des manières d’améliorer les skis, à les rendre meilleurs et plus efficaces. Leur imagination semble sans limites, leurs connaissances apparaissent très profondes et leur expérience n’a pas de prix. Amphibio, Wingman, Delight et autres Ripstick comptent parmi les produits à succès d’Elan et, sous leur attirante finition, ils portent tous les signatures de Franci Šmit, Marko Kozjek, Matej Božičnik et Jernej Rijavec. Tous les quatre ont Elan tatoué sur le cœur. Leur kilométrage au siège de Begunje peut varier, toutefois. Les vétérans Marko and Franci se sont joints à l’équipe il y a près de trente ans, alors que Matej planche sur les skis Elan depuis une vingtaine d’années et le jeune loup qu’est Jernej s’est amené depuis la côte pour s’établir à Begunje il y a à peine trois ans. Ils sont les gens œuvrant en coulisses à qui les skieurs de par le monde doivent une fière chandelle, en reconnaissance de tout ce qu’ils ont apporté au ski. Bien qu’ils appartiennent à différentes générations, ils ont plusieurs choses en commun. En premier lieu, ils partagent un profond amour du ski. Ensuite, leurs connaissances techniques constituent une véritable mine d’or. Enfin, tous les quatre détiennent un certificat en génie, Franci, Marko et Jernej étant diplômés en génie mécanique, alors que Matej, lui, détient un certificat en métallurgie. Ils partagent aussi une grande expérience pratique, ce qui compte finalement dans la balance pour bien plus que toutes les connaissances théoriques au monde. La fabrication de skis tient en fait plus de l’art et les compétences requises ne s’acquièrent pas nécessairement toutes dans des livres, notamment en ce qui concerne la connaissance intime des matériaux et de leurs caractéristiques, sans compter qu’il faut aussi avoir une connaissance de la pratique du ski et de tous les infimes détails spécifiques aux skis qui ne peuvent être acquis autrement qu’en ayant passé de longues heures en en ayant aux pieds. Tous les quatre ont skié peu de temps après avoir appris à marcher. Pas étonnant alors de voir une flamme s’allumer dans leurs yeux dès qu’il est question de ski. « Le ski est l’une des choses les plus importantes dans ma vie », lance Jernej, le plus jeune membre de l’équipe. « D’aussi loin que je puisse me souvenir, j’avais des skis aux pieds. Et dès le début, je me souviens d’avoir pensé que je pourrais un jour fabriquer mes propres skis », ajoute Matej. Marko, lui, nous confie avoir réfléchi, dans l’adolescence, à des façons d’améliorer ses skis. À l’époque de Finžgar, il était beaucoup plus facile de travailler sur des skis qu’aujourd’hui, puisqu’un ski n’était essentiellement qu’une planche de bois cambrée. « J’entretenais une relation hautement révérencieuse avec la fabrication de skis, en plus d’une sérieuse forme de respect. Et au fil des ans, j’en suis venu à comprendre qu’on peut atteindre ses objectifs grâce à la persévérance, l’effort et la réflexion », conclut Matej Božičnik.

Marko Kozjek

Matej Biožičnik

Franci Šmit

La plus grande innovation de tous les temps

Considérant que c’est à l’usine d’Elan de Begunje qu’ont été développées et lancées nombre d’innovations qui ont eu un impact sur l’évolution du ski, il est intéressant de savoir laquelle de ces inventions aura été la plus déterminante. Franci Šmit lance sans hésitation : « Amphibio ! ». « Le SCX de carving ! », affirme Jernej Rijavec. Marko Kozjek et Matej Božičnik s’accordent pour traiter de la question d’une manière plus philosophique. « C’est difficile de mettre le doigt sur une seule innovation. Il nous apparaît que le fait que nous ne nous soyons jamais satisfaits de ce que nous avions réalisé ni endormis sur nos lauriers pour ainsi innover encore et encore, année après année. Plusieurs marques ne se sont jamais appuyées que sur une seule innovation. De notre côté, nous avons développé sans répit de nouveaux concepts au cours des soixante-dix dernières années », explique Kozjek. « Nos innovations sont finalement toutes inter-reliées et des solutions développées pour certains types de skis se sont subséquemment révélées être adaptées à d’autres modèles. Je crois que ce qui nous donne un avantage sur nos concurrents, c’est que nous trouvons toujours des solutions aux problèmes et aux défis auxquels nous sommes confrontés », renchérit Božičnik.

Terreau fertile en idées

Les idées introduites par Elan dans l’univers du ski ont toujours été considérées comme étant révolutionnaires, du tout premier ski à semelle transparente arborant fièrement le logo d’Elan, en passant par les étonnants skis VSS dont la largeur pouvait être ajustée, aux ondulés skis Waveflex avec leurs fixations Fusion intégrées ou encore aux Amphibio à profil asymétrique et bien d’autres innovations encore ! Chacune de ces inventions a fait apparaître une toute nouvelle manière de se représenter ce qu’est un ski et sa fabrication. Ils se distinguaient des autres au premier regard. Mais le procédé par lequel on en arrivait à un produit fortement différent excédait largement ce que peut s’imaginer le commun des mortels. Par exemple : comment peut-on même commencer à imaginer qu’il serait intéressant de créer des skis gauche et droit qui soient différents ? « Je passais l’essentiel de mon temps à préparer des skis de course et nous avions développé des méthodes d’affûtage des carres qui créaient une certaine asymétrie, les carres intérieures étant préparées différemment des carres extérieures. Alors nous nous sommes affairés à appliquer une approche similaire aux skis récréatifs », explique Matej Božičnik. Certaines idées semblent pouvoir se passer d’explications tant elles paraissent simples au moment où elles arrivent sur le marché, mais elles ne se forgent pas toujours de la même manière. Certaines apparaissent quand leur créateur s’est trouvé complètement isolé du monde extérieur, d’autres s’imposent soudainement en émanant d’une sorte d’inspiration divine et d’autres encore ne sont produites que lorsque des gens réfléchissent intensément à la manière de faire les choses différemment, pour atteindre de meilleurs résultats et un niveau de rendement plus élevé.

Difficile de déterminer ce qui fait une bonne paire de skis. Il s’agit en fait d’une unique combinaison de matériaux, de fabrication et de solutions futées.

L’amour du bois

Ces dernières années, on a vu bien des tentatives de fabriquer des skis uniquement avec des matériaux synthétiques. Ultimement, la preuve a été faite encore et encore qu’il n’existe pas de meilleur matériau que le bois. « Le bois demeure une matière naturelle qui conserve ses caractéristiques dans une plage étendue de températures. Il réagit ainsi dans la nature, tout aussi bien qu’au cœur d’un ski. C’est un matériau vivant, tout comme l’est un ski », argumente poétiquement Matej Božičnik. Voilà pourquoi la plus grande partie de la gamme Elan présente un noyau tout en bois, ce classique élément essentiel.

La naissance d’un ski

La création d’un ski est un processus qui démarre avec une demande, un besoin pour un nouveau produit. Le cahier des charges est élaboré au cours d’une ronde de réflexion qui suppose différentes démarches. L’aspect le plus banal du développement reste l’impressionnante somme de calculs mathématiques à réaliser préalablement à la sélection des matériaux et la détermination de leur mode d’assemblage en un tout fonctionnel. Voilà ce qui fait que les ingénieurs anticipent avec impatience le retentissement de leur réveille-matin. L’ensemble du processus nécessite environ six mois de travail, au terme duquel se présente le plus beau moment de toute l’aventure : un prototype est pour la première fois posé sur la neige. « C’est un peu comme un accouchement. Ça nous inspire tous de la fierté et aussi une forte dose d’espoir. Si, sur la neige, le résultat de notre travail est conforme à nos attentes, alors tant mieux. Sinon, nous retournons à la planche à dessin et persévérons jusqu’à ce que nous soyons pleinement satisfaits du résultat », concluent les quatre ingénieurs, au moment de retourner à leurs tâches. Et on les voit alors partir pour un voyage dans le temps, pour se retrouver cette fois dans un proche avenir, soit à l’hiver 2021/2022.